2015 | INJURIOUS NATURE : TRICIA MIDDLETON

 

EXPOSITION DU 17 JUIN AU 8 AOÛT 2015 

Visite des ateliers des artistes résidents de La Filature : Justin Wonnacott, Jean-Yves Vigneau, Josée Dubeau, Rosaura Guzman Clunes, Annie Thibault et Denis Larouche de 19h à 22h.

Inauguration de la Galerie des membres avec Synchronisme de l’artiste gatinois Serge Olivier Fokoua.

 

 

Formation. Stagnation. Déclin. Renaissance.

Dans son immuable séquence cyclique, la matière poursuit sa fatalité en luttant contre les forces attisantes de la nature, réfractaires à toute intervention humaine. La lente agonie des objets relève d’un rapport ambigu entre les frontières physiques d’un corps et ses contraintes invisibles, cette même dynamique intangible qui façonne avant d’anéantir. Demeurons toutefois optimistes; la destruction, autrement perçue, est une force créatrice faisant place au renouveau, libérant le potentiel d’une matérialité latente qui n’attend qu’une idée pour reprendre forme. Comme des gravats astreints à se fondre en une masse informe elle-même sujette à une impulsion qui la ravivera, comme la crasse devenant gemme ou le nacre devenant poussière, l’équilibre n’est que transitoire dans l’inévitable perpetuum mobile de la nature fourbe, la scélérate, la perfide, celle qui crée et qui reprend.

Un spectacle aussi inquiétant qu’attirant s’offre à nous, observateurs confus d’un environnement inédit; la galerie semble s’être transformée en un lieu récemment abandonné suite à un mystérieux cataclysme dont les ravages localisés sont toujours flagrants. Tels les décors exubérants d’une pièce théâtrale, les vestiges d’une société dystopique ou une nature morte à la mouvance pourtant palpable, les mises en scènes proposées captivent par leur équivoque. De ces agglutinations que tout destine à l’effondrement s’émane néanmoins une troublante beauté; une certaine harmonie, s’il en est, redevable à un arsenal éthéré de couleurs pastel, accentuant le caractère fantasmagorique du paysage. La stupeur initiale s’amenuise ensuite, permettant de s’attarder aux détails. Figées dans leur armature de cire, les sculptures irrégulières se contorsionnent en cascades givrées. Elles sont des amalgames complexes alliant toutes sortes de matériaux insolites : styromousse, boules d’ouate, confettis, peinture, bois, chandelles, carton, verre, tissu, etc. Même les éléments dits organiques chancellent entre le référent et le référé, entre le moulage et l’altération directe; affleurant des amas variés, on note quelques branches métallisées, des fleurs en plastique et des gerbes scintillantes. Les normes catégoriques de la matérialité sont tellement bousculées qu’elles finissent par s’estomper; par un mimétisme synthétique, l’artificiel devient naturel et le fait main renvoie à la production industrielle. Bibelots et autres clinquantes pacotilles jonchent le sol en ruines éparses, s’entassant dans un chaos curieusement méticuleux. Dans une disposition faussement hasardeuse abondent également des affiches modestes, comme les bribes d’un long manifeste silencieux, à mi-chemin entre le poème, le discours philosophique et le jugement outrageux. Rédigées à la main dans une prose familière, les enseignes nous exposent des réflexions aussi sages que pathétiques, portant essentiellement sur l’éthique et l’esthétique contemporaines. La spontanéité des pensées apporte un caractère à la fois intimiste et dérangeant. L’abondance enivrante des textes trouble la réception d’un message concis, la pertinence singulière des réflexions se dissipant en une entropie phonique.

Une fois de plus, Tricia Middleton nous convie à faire intrusion dans un univers débraillé en suspens, vacillant entre l’esthétique kitsch, vétuste, néo-baroque et futuriste. Peinture, sculpture et projection se côtoient en des installations surnaturelles où le malaise succombe souvent au ravissement. Recyclant des fragments d’œuvres antérieures, l’artiste poursuit sa réflexion hypothétique sur la migration de la forme et du sens au fil du temps, guidée par sa fascination pour la rutilante décadence de toute chose. L’exposition Injurious Nature s’évertue à élucider notre attitude apathique vis-à-vis la culture matérielle, un comportement visiblement obstiné à la surconsommation et au gaspillage, relevant une dérive sociétale indignante.

I really doubt you’d be interested in my art practice, it is very visual. Nous en aurons été avisés.

 

Anna Brunette

 

 

Née en 1972 à Vancouver, Tricia Middleton vit et travaille à Montréal. Elle détient un baccalauréat ès arts de la Emily Carr University of Art and Design et une maîtrise en arts visuels de l’université Concordia. Récipiendaire du Prix Victor-Martyn-Lynch-Staunt on pour les arts visuels en 2010, ses œuvres sont notamment collectionnées par le Musée d’art contemporain de Montréal. Tricia Middleton a fait plusieurs résidences, dont la plus récente à la Cité internationale des arts de Paris en 2014. Son travail a été présenté lors d’expositions solos et collectives à travers le Canada, aux États-Unis, en France, en Allemagne et en Espagne. Parmi ses expositions individuelles marquantes, notons Form is the Destroyer of Force, Without Severity There Can Be No Mercy, The Call is Coming from Inside the House et Dark Souls. Injurious Nature, sa quinzième exposition solo, est présentée pour la première fois à AXENÉO7. Par la pratique de l’installation, de la sculpture et de la peinture, Tricia Middleton explore les concepts cycliques de la matérialité. Ses environnements hybrides et le plus souvent exubérants questionnent l’évolution relationnelle entre la forme et le sens.

 

Tricia Middleton tient à remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien.

 

 

 

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