2014 | SOMETHING THAT ACCOMPANIES ONE EVERYDAY AND EVERYWHERE : NICOLAS FLEMING 

 

EXPOSITION DU 17 DÉCEMBRE AU 7 FÉVRIER 2014

 

 

Préambule

Les deux accès à la salle d’exposition sont couverts de boîtiers en contre-plaqué, comme ceux que l’on fabrique et place à l’entrée des sites de construction. D’emblée, j’amène le visiteur à une prise de décision, celle de franchir ou non le boîtier. Le lieu de la galerie d’art le suggérant, il est en droit d’envisager qu’une œuvre se trouve à l’intérieur et qu’il est autorisé à pénétrer dans la salle par un des boîtiers qui, dans un autre contexte, indiquerait un accès restreint. Je tente de conscientiser le visiteur à sa présence physique et aux gestes qu’il pose dans un rôle d’observateur participant. Alors qu’il choisit de pénétrer dans la salle d’exposition, avec laquelle il est potentiellement déjà familier, je lui propose un environnement que je me suis totalement approprié.

 

Something that accompanies one everyday and everywhere

Je présente une redéfinition de la salle en y modifiant son périmètre par l’ajout de pans de mur et son éclairage par l’utilisation de néons. En abordant le potentiel sculptural de l’espace d’exposition, je propose une mise en échec partielle de l’environnement white cube par cette installation in situ. Affichant certaines affinités propres à la recherche formelle et spatiale associée au minimalisme, ma démarche emprunte des codes du domaine de la construction pour les adapter dans une poursuite esthétique. Nourrie par ces thématiques, ma pratique installative est ancrée dans un vocabulaire visuel qui se développe par l’apprentissage de techniques et l’utilisation de matériaux vernaculaires.

Un assemblage, composé de canevas positionnés à divers angles afin de former un tableau concave de dimensions monumentales vers le fond de la pièce, réfère aux colonnades de plusieurs édifices historiques. De cette composition de toile vierge émergent des œuvres à caractère sculptural supportées par divers systèmes de soutien. Rassemblées pour ce projet, ces œuvres ont initialement été conçues comme des objets autonomes. Ici, les éléments sculpturaux composent le tableau. Globalement, cette installation, joignant notions picturales, sculpturales et installatives, évoque un fragment de monument insolite.

En confectionnant un dispositif convexe d’éclairage néon suivant la forme du tableau concave, je confère à l’installation une atmosphère théâtrale. Bien que les éléments soient immobiles, le jeu d’ombrage rend la composition dramatique. Le néon, un éclairage neutre et froid, révèle le détail de la texture des matières employées dans le tableau. De plus, lorsque l’observateur s’engage à parcourir la forme concave du tableau de plus près, son ombre lui rappelle sa propre présence. Il est conscientisé à ses mouvements corporels et à ceux d’autrui (le cas advenant). Le visiteur est inclus dans l’œuvre.

J’entreprends la mise en forme de cette installation de la même façon que mon travail en atelier, c’est-à-dire par un effort constant de renouveler mon approche à la peinture et à l’objet. J’opte pour une approche exploratoire, car au départ je ne cherche pas à atteindre un rendu esthétique défini. Celui-ci se précise au fur et à mesure que le projet progresse, mais n’est jamais l’aboutissement d’une vision préétablie. Je force des interactions entre différents médiums et matériaux en les positionnant dans des situations d’accord ou de conflit dans le but de former un ensemble inespéré.

Mon travail, qui repose sur l’accumulation d’objets et de matériaux abandonnés que je récupère, détourne l’usage premier de ceux-ci en produisant formes et motifs pour, entre autres, remettre en question l’idée de la permanence et de durabilité temporelle qui prévaut dans les corps de métier de la construction. Dans l’environnement de l’atelier, je les joins aux médiums récurrents dans mon processus de création : la peinture acrylique, le vernis, le polyuréthane, le polystyrène, le plâtre, etc. Des composantes manufacturées prennent une apparence corporelle et rappellent des membres et des orifices. De ce travail direct avec les matériaux s’élabore au sein de ma production un vocabulaire formel abordant objets statuaires, monolithiques, monumentaux et sacrés et une appropriation de formes emblématiques, organiques et industrielles.

Dans Something that accompanies one everyday and everywhere, une sorte d’allégorie se crée à même la production de mes œuvres, alors que j’en viens à accorder une force protectrice aux matériaux centraux à ma pratique. Cette sacralisation, ou glorification, que je confère aux matériaux et aux techniques renforce les notions de travail, de processus et de production au sein de ma démarche. Dans cette installation qui évoque en partie un monument de culte, ces notions d’ordre pragmatique sont confrontées à une symbolique cultuelle et à des repères historiques. Pour magnifier ce caractère sanctifié, l’exploitation de l’espace d’exposition est déterminante : je réfléchis le positionnement de l’observateur dans une relation sacrée avec l’objet, en dirigeant son regard et son parcours sur des éléments précis.

Dans l’acte d’exposer, j’aspire à un certain aboutissement d’idées ou à la conclusion de l’exploration d’une thématique dans son ensemble. La progression de mon travail culmine alors dans sa présentation en exposition, trouvant une finalité temporaire dans l’acte performé sur les œuvres et dans la trace laissée sur l’objet. Ainsi, une narration propre au temps de production des œuvres s’élabore, utilisant l’accumulation de matériaux et jouant sur l’interrelation entre les objets. Malgré la forte importance que j’accorde à la notion d’œuvre finie dans ma pratique, je ne suis pas toujours prêt à assumer le poids de la responsabilité qui vient avec cette déclaration. Dès lors, je peux poser des actions sur mes œuvres qui aboutissent parfois en des transformations radicales, qu’il s’agisse de les détruire, de transformer leur nature ou de les assembler pour créer de nouvelles œuvres. À l’inverse de la rigueur structurelle et esthétique que je dois déployer lors de travaux de rénovation, je laisse une part de malléabilité physique et conceptuelle à mes œuvres. Cet état d’esprit me permet d’entrevoir une suite dans ma production, en employant les mêmes éléments, parfois modifiés, d’un contexte de diffusion à un autre. Je préfère considérer que les objets que je crée sont en constante évolution. De la même façon, les matériaux de construction durables que j’utilise ne répondent plus à la pérennité fonctionnelle qui est inhérente à leur conception.

 

 

Nicolas Fleming détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Il a exposé son travail dans plusieurs galeries et centres d’artistes au Canada, notamment à la Galerie McClure, la Galerie Trois Points, la Galerie de l’UQAM, L’Écart, Caravansérail et Eastern Edge. En 2014, il présente des interventions publiques éphémères à Cassel, à Mexico et lors de l’évènement Aires Libres à Montréal. En septembre 2014, il expose son travail en solo à ISE Cultural Art Foundation à New York.

 

 

 

Share it