2014 | LA CLOCHE DES APPARITIONS : NICOLAS RANELLUCI 

 

EXPOSITION DU 17 DÉCEMBRE AU 7 FÉVRIER 2014

 

 

Nicolas Ranellucci présente, en collaboration avec la commissaire Maude P. Hénaire, La cloche des apparitions, une exposition qui explore le thème de la collection à travers le motif du vivarium. Véritable cabinet de curiosités, l’exposition est conçue de manière à présenter la collection d’objets de l’artiste, qui fondent son univers pictural et qui l’inspirent. Présentés sous une forme installative, ils lui permettent de complexifier l’espace pictural de ses tableaux et d’explorer leur potentiel. Tels de petits spectacles forains, les compositions de l’artiste sont autant de fables sur le rapport de force qu’entretient l’homme avec le reste du monde.

Les ménageries, jardins zoologiques et aquariums domestiques témoignent de la fascination de l’humain pour l’exotisme, de son désir de conquérir le monde. Né du désir gargantuesque d’accumuler le savoir et de posséder la découverte, le geste de collectionner révèle une certaine crainte mélancolique de la perte, aussi humain qu’irrationnel ce besoin soit-il. Épris de ce même désir déraisonnable, Nicolas Ranellucci capte et scelle sous vide tout un ensemble de figures et d’objets qu’il affectionne particulièrement. C’est en les juxtaposant les uns aux autres qu’émerge une temporalité ambiguë, où ceux-ci nous apparaissent tels les souvenirs d’un passé ou les fragments d’un futur incertain. L’artiste recense, classifie et façonne des créatures hybrides et des objets parfois insolites, les fixant dans l’éternité par la peinture et par la mise en éprouvette, créant ainsi de véritables artefacts d’un monde à mi-chemin entre le réel et l’imaginaire.

C’est par de fins traits blancs suggérant le vivarium ou encore par l’utilisation de petits présentoirs vitrés que l’artiste révèle l’intérêt muséologique qu’il attribue à ses objets. D’ailleurs, si «musée» dérive du mot grec «musa» signifiant «temple des muses», il trouve racine commune avec «mausolée» : Douglas Crimp, auteur de On the Museum’s Ruins, avance même que les deux mots, «musée» et «mausolée», ne font qu’un symboliquement, puisqu’ils contiennent tous deux le mortifié. Le terme est d’autant plus intéressant lorsqu’il est appliqué au monde de l’inanimé, dans la mesure où l’emphase est mise sur la césure, le déracinement de l’objet de son contexte d’origine qu’implique l’acte de collectionner. Mais au musée d’histoire naturelle comme dans la salle d’exposition, ce qui est naturalisé est aussi ce qui, telle une muse, fascine le regard. Et c’est exactement à cet endroit que se positionne le travail de Nicolas Ranellucci : dans cet entre-deux où la poésie vient insuffler une seconde vie aux objets, l’acte créateur leur offre un tout nouvel habitat leur permettant de s’épanouir, plutôt que de simplement les figer dans l’éternité.

Il émane de ce travail une sorte de science improvisée, comme si le savoir du peintre était celui d’un raconteur souhaitant nous rappeler d’anciens récits. Nous ramenant à ces moments de l’histoire où l’imaginaire s’est frotté de près à la science, son univers rappelle certaines croyances comme celles des monstres qui guettaient les limites géographiques de la Terre, ou encore la discussion entourant l’origine des fossiles trouvés en montagnes, ces dépôts de la mer dont on a longtemps cru que c’est par enchantement qu’ils s’y étaient retrouvés sous forme de pierres. Remontant ainsi le lent cours du temps, l’artiste opère des raccourcis parfois inattendus par la juxtaposition éclectique d’éléments aux origines les plus diverses, faisant de ses microcosmes une tentative pour les revitaliser à travers leurs interactions. La cloche des apparitions nourrit ainsi une tension dialectique entre le réel et l’inventé, investissant l’espace poétique de l’imaginaire par la fabulation.

 

 

 

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