2003 | MISSING MASS : Kit

EXPOSITION DU 14 SEPTEMBRE AU 12 OCTOBRE

Du 4 août au 11 octobre, AXENÉO7 a eu le plaisir d’accueillir en résidence KIT, pour y travailler à un projet qui sera maintenant exposé dans ses murs du 14 septembre au 12 octobre 2003.

Mais d’abord une question : qui donc est KIT ? Ce n’est pas le nom d’un artiste, c’est un label. Et KIT tient à conserver l’anonymat. Car cet anonymat devient une manière de signifier une distance face aux conceptions de l’œuvre d’art comme prolongement immédiat de la personne de l’artiste.

KIT se pose aussi en observateur amusé de la société actuelle, marquée par les communications en tous genres, la technologie, la publicité, le marketing, la consommation et la mondialisation. Avec humour, un humour parfois burlesque et souvent noir, faut-il préciser, KIT présentera chez AXENÉO7 trois installations différentes qui ont en commun d’anticiper des situations de crise ou de catastrophe et leurs conséquences. Structures sociales, modes de vie, rapports sociaux et bien sûr le corps s’en trouvent atteints. Dans ces installations, désastre et errance questionnent notre rapport au développement technologique accéléré, peut-être aveugle, des dernières décennies. Les accidents et les pertes de vie liés à l’usage de la technologie y sont présentés comme un nouveau rituel sacrificiel consenti par nos sociétés et désormais intégré à la culture contemporaine.

Sans se déclarer pour autant radicalement technophobe, KIT nous invite à imaginer la possible démesure de nos choix. Reste à voir par quels moyens il nous y invite. Nous vous y invitons.

Texte du directeur artistique

Du manque et de l’oubli

KIT n’est pas le nom d’un artiste, c’est un label.

Et KIT tient à conserver l’anonymat. Car l’anonymat est ici une manière de signifier une distance face aux conceptions expressivistes où l’œuvre d’art est vue comme prolongement immédiat de la personne de l’artiste. En quittant ces conceptions, les œuvres se présentent plutôt comme des faits dont la compréhension ne repose pas sur la seule personne de l’artiste mais davantage sur un contexte collectif.

On se rappellera que ce désir de poser les œuvres d’art comme des faits concrets et anonymes ou comme des «constructions réelles dans l’espace réel»* représente un aspect dominé de la modernité en art. Cette idée traverse néanmoins les avant-gardes du début du 20e siècle, du constructivisme au Bauhaus en passant par Dada. À cet effet, l’artiste dadaïste Hans Arp estimait que les œuvres d’art ne devraient plus être signées et revendiquées par l’artiste, mais apparaître simplement dans la multitude des choses qui composent le monde.

Le titre de l’exposition de KIT, missing mass, est emprunté à un concept d’astrophysique : la masse de matière détectée serait inférieure, dans l’univers, à la quantité estimée théoriquement; d’où vient cette idée de «masse manquante». Jouant sur le mot mass, Kit transpose cette idée de «masse manquante» à l’humanité, c’est-à-dire aux innombrables victimes, disparues suite aux «accidents» et autres «bavures» de toute nature résultant des progrès technologiques en transport comme en armement.

De fait, il y a dans les trois installations présentées un soulignement de l’absence. Il réside d’abord dans l’anonymat de KIT, puis dans celui de la facture même des œuvres. Le travail de la main humaine s’efface et cède la place aux images numérisées, aux assemblages de matériaux récupérés. Des photographies de débris, de pièces mécaniques, de carcasses de voiture et d’avion, d’appareils médicaux, de maisons détruites sont nettoyées et neutralisées par le traitement numérique. Elles apparaissent ainsi comme clichés relatifs à des désastres qu’un spécialiste de l’analyse des accidents aurait mis en scène comme de simples documents. Des personnes disparues, il ne reste que des dépouilles comme les housses de véhicules accidentés suspendues. C’est la troisième occurrence des signes de la disparition et de l’absence.

Les psychanalystes disent que l’humour est une manière de surmonter la catastrophe. Et le ton de KIT semble osciller entre l’humour (noir et distant) et la tragédie (atténuée). Le regard documentariste qui semble si détaché s’oppose aux tragédies évoquées. Cette tension se renforce dans la troisième salle où des dessins architecturaux imaginent divers mécanismes permettant d’échapper à un édifice menacé…

Sans s’afficher radicalement technophobe, KIT nous invite à prendre la mesure, en matière de progrès technologiques, de nos choix de société. Missing mass? Le progrès progresse et les disparus disparaissent.

Jean-Pierre Latour
Directeur artistique

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