PASSÉE — DOMINIQUE SIROIS EXPOSITION

 

DI$PLAY BODY : DOMINIQUE SIROIS

 

EXPOSITION DU 18 AVRIL AU 19 MAI 2018

 

 

L’exposition Di$play_Body présente une suite logique des recherches entamées en 2014 par l’artiste montréalaise Dominique Sirois, portant parallèlement sur l’art et l’économie. En résonance aux diverses variantes d’Indice éternité (2016-2017) et Mimesis Trinity (2014-2017), la thématique de la finance est de nouveau centralisée au moyen de combinaisons d’affects qui exacerbent conceptuellement et formellement les tendances répandues de cupidité pour quelconque être avare obsédé par la richesse. Ainsi, au moyen de propositions annonciatrices d’éventuelles cessations utopiques, de rétentions économiques ou de spéculations mythiques, la dimension financière se décline en deux différentes figures, sortes d’allégories. Ces deux représentations, prolongations des manifestations antérieures, proposent des attitudes opposées à l’égard de l’argent, entre rétention et donation, privation et permission. Les figures constituées de moulages et d’assemblages, propres à l’iconographie de Sirois, sont intrigantes et effarantes tout à la fois. À l’exploration pratique de la céramique s’entremêle une surenchère de pistes tant théoriques qu’anecdotiques. 

D’une part, la figure de l’avare précédemment explorée se retrouve intensifiée par l’entremise des traits d’une femme d’affaires, ressemblant à ceux de la controversée Martha Stewart, accusée de délit d’initié en 2004 et emprisonnée la même année. Disposé sur un dispositif carrelé, le corps biomorphique de celle-ci est démantelé en une travée de formes somatiques et anatomiques. La composition inerte provoque une tension ; elle semble immuable — mi-naturelle et mi-artificielle —, voire transhumaniste. 

D’autre part, la figure mythologique de Danaé est convoquée. Ce mythe grec relate le confinement de Danaé par son père, Acrisios, qui veut contrecarrer un oracle lui prédisant que sa descendance le tuerait. Isolée dans une tour, elle est néanmoins fécondée par Zeus qui a pris la forme d’une pluie d’or. Sirois s’approprie cette dispute chimérique en une représentation d’abondance salvatrice : un déluge de pièces de monnaie. Elle rattache analogiquement le corps dénudé de Danaé aux nus de l’histoire de l’art et des publicités, réactualisant ainsi la figure de Danaé peinte dans au moins six versions dans la série de Titien (entre 1544 et 1560) dans l’optique actuelle de la mode avec les publicités de haute couture, notamment celles de Versace. Le corps devient un support humain — un dispositif — aux objets luxueux. 

Transposés dans un espace installatif, immersif et de surcroît décoratif, les agencements suggèrent un déplacement métonymique. Le paradigme de l’art pour l’art, parfois assimilé à la décoration, est alors mis en analogie avec celui de l’argent pour l’argent. L’exposition s’appréhende comme un tout. Dès lors, le visiteur est invité à déambuler dans ce tout, digne d’un magazine de décoration intérieure, ponctué de pièces disposées de façon symétrique et à l’esthétique idéelle ou formelle par des éléments éthérés et du mobilier atypique en tuiles. Des pièces de textiles cuirassés contrastent avec un pan de tissu ornemental transparent sur lequel est imprimée la traditionnelle chemise blanche, toutefois disloquée — bigarrée —, du businessman

Di$play_Body de Dominique Sirois instaure de nouvelles associations formelles et conceptuelles de l’avarice, la fabrication d’une cupidité fictive et décorative ; une allégorie de l’argent par des corps convertis en des dispositifs allusifs.

 

— Jean-Michel Quirion 

 

 

Dominique Sirois vit et travaille à Montréal (Canada), elle détient une maitrise en arts visuels de L’Université du Québec à Montréal (2010) et y poursuit un doctorat. Son travail en installation prend la forme d’ensembles faits de multiples pièces souvent dans une logique de l’assemblage. Ils sont souvent sculpturaux en unissant la céramique, le moulage et des objets trouvés. Ces assemblages ont aussi comme point de départ des images numériques que Sirois travaille en leur donnant une certaine matérialité en dialogue avec différents supports. Avec ses projets, elle crée des espaces mentaux, des constructions sémiotiques et analogiques en utilisant des références souvent économiques, esthétiques, archéologiques et numériques. Son travail a été diffusé dans de nombreuses galeries au Canada dont au centre Clark, à la galerie Division et à Latitude 53. Sirois a fait plusieurs projets et résidences à l’internationale dont au C.C.A,Glasgow, au couvent des Récollets, Paris et à Hangar, Barcelone. Lors de collaborations avec l’artiste Grégory Chatonsky, ils ont présenté des projets au MOCA de Taipei, au CDA d’Enghien-les-Bains, au Unicorn Center for Arts à Beijing, au Mois de la Photo de Montréal, à l’IMAL à Bruxelles et plus récemment à Diagonale à Montréal.

 

→  dominiquesirois.net

 
 
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